ATELIER J. D. BRANDY

AUX LUMIERES DE L'OLYMPE
huiles, gouaches, dessins, sables, céramiques.
Catalogue avec les textes originaux d’Yves Séméria publié aux éditions de l’Ormaie
Photo © François Fernandez

ATELIER J. D. BRANDY


Peintre méditerranéen dans l'esprit et dans le style, soutenu à ses débuts par Jean Cocteau, Jean Brandy (1934-1995) ne pouvait qu'être à l'aise en interprétant les mythes du monde gréco-latin. La passion pour les récits légendaires de la Grèce antique inscrits dans les vers d'Homère ou d'Hésiode infuse de manière transversale dans son œuvre, quelles que soient les techniques employées. Cette série sur la mythologie, prolongeant et renouvelant la manière de l'artiste alors encouragé par des amis philosophes et hellénistes, date de la première moitié des années 1970.

Les mythes, porteurs à la fois de sagesse et de culture, fascinent les hommes en ce qu'ils sont le récit de leurs origines. Comprendre comment les choses ont commencé permet de savoir ce qu'elles signifient maintenant et quel futur elles peuvent offrir. Si leur fréquentation permet d'éclairer notre monde contemporain, il est intéressant en retour de les lire ou de les décrypter par le regard de penseurs et d'artistes d'aujourd'hui, dans leurs tentatives d'exorciser le mythe par l'art comme par la raison, car la mythologie exprime, peut-être, des choses qui ne peuvent pas être dites autrement.

Ainsi, les aphorismes subtilement distanciés composés par le philosophe Yves Séméria et les œuvres de Jean Brandy qu'ils accompagnent invitent à ce double mouvement de réflexion. Les dieux de la mythologie antique sont plus que jamais à l'échelle humaine : par eux l'on devine puis l'on apprend l'homme.

L'écriture picturale de Jean Brandy est caractérisée par un attrait pour le monde minéral et pour le travail de la matière, qui s'est révélé avec le sable dans la série des Nautiles avant de trouver un prolongement dans la céramique, mettant en valeur le relief et la sensation tactile, alors que la peinture en deux dimensions de celui qui reste peintre, dessinateur et coloriste sort métamorphosée de ces expérimentations formelles. Porté par le souffle des Muses, l'artiste niçois a su se pencher sur les Dieux et les Héros de l'âge d'or pour redonner vie à Prométhée, Zeus, Héraclès, Athéna, Héra et tant d'autres. Les huiles et acryliques sur toile et les gouaches de cette série font jaillir, comme un cri, un appel à la clarté. La composition, ayant recours à des plans arrêtés et à un dessin volontairement schématique, organise un espace dans lequel le rythme contient l'expressivité, tandis que la palette, aux tons souvent plus froids qu'auparavant mais d'une grande beauté, ménage d'audacieux contrastes. Les impressions qui naissent de ces scènes charmantes - au sens d'un envoûtement magique - sont celles d'une féerie chatoyante, plaisante et gaie jusque dans le tragique.

Cette maîtrise apollinienne d'une lumière grecque toute d'intelligence et de mesure permet de renouer avec un gai savoir dont l'artiste, en bon Alcyonien, pouvait déplorer l'absence dans un monde contemporain écrasant qui méconnaît, selon l'énumération nietzschéenne, les pieds légers, l'esprit, le feu, la grâce, la grande logique, l'insolente spiritualité, la danse des étoiles, les frissons de la lumière du Midi, la mer lisse, la perfection… Autant de traits qui s'épanouissent au cœur d'un art dont le propos est de "fixer l'éternité mouvante dans sa forme momentanée".

Georges Nuyssen
 

ATELIER J. D. BRANDY
GANYMÈDE ET L'AIGLE

Un certain Ganymède paissait ses troupeaux, admirant l'aigle étrange, apparu tout à l'heure, au centre du soleil.
Et simplement, l'aigle s'empara du jeune berger. Cette soudaine langueur dans ses flancs, était-ce la serre du rapace ou la lumière du soleil ? A moins que ce ne fut la triomphante vigueur de Zeus ?
Ganymède, depuis lors, éternellement jeune, peuple la voûte céleste.
Qu'on ne l'en blâme point. Car, qui ne troquerait son innocence contre la gloire des étoiles ?

ATELIER J. D. BRANDY
HESTIA, GARDIENNE DU FEU SACRE

Hestia, la flamme,
droite comme une colonne,
la colonne du monde
Hestia, la Raison

ATELIER J. D. BRANDY
CASTOR ET POLLUX

De la terre au ciel,
Ainsi allèrent les Dioscures
Ensemble toujours, frères pour l’éternité.
Et puis Castor périt dans un combat inégal.
Pollux, alors, obtint des dieux miséricordieux
Leur réunion à jamais,
Là-haut au firmament.
Désormais deux étoiles inséparables y brillent
Attestant de l’amour fraternel.

ATELIER J. D. BRANDY
CÉYX ET ALCYONE

Sur la mer glauque creusée par la noyeuse tempête,
Céyx se mourait.
Et là-bas, très loin, au même instant,
Alcyone le pleurait de tout son corps.
Les dieux lui accordèrent l’exquise grâce de l’aller rejoindre,
Et dans les flots tumultueux et cruels,
Tenant son époux embrassé, elle sombra avec lui.
Mais l’amour sombre-t-il jamais ?

ATELIER J. D. BRANDY
APOLLON ET DAPHNÉ

Apollon, le maître de la lumière, courtisait Daphné, la vierge légère comme un souffle d'enfant. Elle ne lui céda point.
Et pour garder l'ardeur de son corps dans les bornes de la vertu, elle devint, en un instant, laurier et vert feuillage. Apollon, ému, en tressa une couronne pour la tête des héros.
C'est ainsi que beaucoup, de leurs déceptions font un triomphe…

ATELIER J. D. BRANDY
ATHÉNA ET POSÉIDON

Athéna et Poséidon voulaient, chacun, régner sur l'Attique. Le meilleur souverain, proclamèrent les dieux, sera celui qui fera aux mortels, le plus précieux présent.
Ainsi fut convenu.
Poséidon, d'un rocher gris et luisant, fit un coursier rapide. Athéna suscita un olivier.
La guerre ou la paix.
Mais les hommes, on le sait, concilièrent toujours la guerre et la paix.

ATELIER J. D. BRANDY
ARTEMIS ET ACTÉON

Tu te baignas, doux Actéon,
Dans la source sacrée
Où Artémis, vêtue de sa seule beauté native,
S’apprêtait à plonger.
Elle te vit, innocent,
Et tout aussitôt, depuis sa pudeur offensée,
Te métamorphosa en cerf.
Et qui te déchiqueta, tendre Actéon ?
Tes propres chiens.
On a bien raison de dire :
« Chienne de vie » !

ATELIER J. D. BRANDY
HÉBÉ SERVANT L'AMBROISIE ET LE NECTAR

Nul ne sait, parmi les mortels, la saveur du nectar et le goût de l'ambroisie.
Ils conféraient, paraît-il, l'éternelle jeunesse. Le secret en est perdu, et c'est tant mieux.
Celui qui sait vieillir surpasse les dieux en sagesse.

ATELIER J. D. BRANDY
LES CHARITES

Trois sœurs vêtues de pétales et de feuilles.
Trois sœurs, dont la parure éclot au matin et se défait le soir.
Trois sœurs, dérisoires comme des fleurs mais renaissant chaque jour dans leur fragilité.
Ainsi en va-t-il de la perfection : aussitôt fanée que fleurie, aussi vite fleurie que fanée.

ATELIER J. D. BRANDY
PAN ET SYRINX

Elle fuyait, la nymphe des montagnes, elle fuyait Pan, énervé par l'amour.
Le faune ricanant la touchait déjà, lorsqu'elle se jeta dans le fleuve. Et là où elle venait de plonger, surgit une touffe de roseaux. Mélancolique, le faune cueillit le droit végétal et ses doigts inventèrent la flûte qui gémit.
Pleure Syrinx, toi qui ne fus que l'après-midi d'un faune.

ATELIER J. D. BRANDY
HÉPHAÏSTOS ET LES CYCLOPES

Hephaïstos le boiteux,
Les cyclopes n’ont-qu’un-œil,
Forgent les armes des dieux et des héros.
C’est dans la nature des choses sans doute.
Aux estropiés, aux êtres non finis,
Sans force et sans morale,
Revient le privilège
De donner à d’autres
Le pouvoir de tuer.

ATELIER J. D. BRANDY
CHIRON, ÉDUCATEUR D'ASCLÉPIOS

Le centaure Chiron initia Asclépios aux innombrables vertus des plantes.
Mais il était à la fois, homme et bête.
Et c'est pourquoi la médecine, en son essence, participe toujours de l'un et de l'autre : élixir et poison.

ATELIER J. D. BRANDY
APHRODITE

On dit qu’Ouranos, son père,
Fut émasculé par Cronos,
Et que dans l’océan se répandit
Sa blanche semence.
D’elle, de cette écume divine,
Ô Aphrodite, tu naquis,
Et les flots incessants, chaque jour,
Te font renaître.
Ressac de l’amour…

ATELIER J. D. BRANDY
HADÈS

Hadès berce les morts contre son torse froid.
Il les hume et les arrange en noir bouquet, il les effeuille, crâne par crâne, et depuis que coule l'Achéron, il murmure tendrement :
"Petit homme, dès ta naissance tu meurs : un peu, beaucoup, passionnément,
je suis ton seul souci ; un peu, d'abord, puis beaucoup, puis passionnément.
Tu n'as que le temps, petit homme, de devenir RIEN".

ATELIER J. D. BRANDY
POSÉIDON

Les abysses le connaissent
Et les plus hauts pics de l’Olympe.
Armé de son trident il parcourt les mers
Dans son char aux beaux coursiers.
Il guide et coule les navires au fier timon.
Dieu des océans
Il étend son règne sur le monde.
Mais on l’entend bougonner parfois
Que d’eau, que d’eau !

ATELIER J. D. BRANDY
ZEUS

Tonnant, détonnant, étonnant,
Son foudre ronflant,
Pétaudant immensément,
Épouvantable, épouvantant
Les nuées et les tout petits hommes,
Zeus devient terrifiant,
Formidablement puissant,
Effrayant dans l’amour
Mais toujours vaincu par l’amour.
Qui peut le plus peut le moins.

ATELIER J. D. BRANDY
ATHÉNA

Zeus se plaint, ses cris ébranlent
Les rudes pentes de l’Olympe,
Sa tête devient incandescente
Et, soudain se rompt.
Toute armée, toute casquée,
Athéna en jaillit, rieuse et triomphante.
Sa vocation pourtant n’est pas le combat sanglant.
Sa virginité la met au-dessus de la chair corrompue
Et l’en protège.
Cette vierge pure reste donc sans concession,
Puisqu’elle n’accorde à nul son intimité
Mais à quoi sert d’être vierge
Eternelle jeune fille ?
Te couronnera-t-on de tes propres lauriers pour cela ?
Penses-y chère Athéna,
Eternellement vierge…

ATELIER J. D. BRANDY
APOLLON

Des parcelles de soleil
Tombent de sa lyre.
Sculpté dans la lumière,
Apollon joue et jouit.
Tout en lumière,
L’œil ne peut le saisir
Dans sa beauté absolue.
Mais l’oreille perçoit la musique
Ineffable des sphères – un peu.
Le Beau gît partout et en tous.
Mais il faut bien regarder et bien prêter l’oreille.

ATELIER J. D. BRANDY
PROMÉTHÉE ENCHAÎNÉ

Prométhée voulut donner aux hommes le feu clair et redoutable.
Les hommes, aussitôt, défièrent le ciel, et Zeus en châtia le Titan.
On connaît l'histoire : l'aigle rongeant le foie du supplicié, un foie indéfiniment nouveau.
Il faut servir ou les dieux ou les hommes.
Mais c'est tout un : on ne sert que la mort.

ATELIER J. D. BRANDY
ASCLÉPIOS

Tel un vigile scrupuleux,
Tenant son sceptre au double serpent,
Il défie les maladies perverses
Aux innombrables yeux,
Le dieu de la médecine.
Bienfaiteur des humbles et des nantis,
Des honorables et des pervers,
Il ne connaît que l’humain.

ATELIER J. D. BRANDY
HÉRA

Héra, noble Héra,
Protectrice incorruptible du mariage,
Tu veilles sur le couple
Avec les cent yeux de Paon.
Veilles-tu aussi sur le tien
La grenade à la main ?
Car le mariage est bien comme une grenade,
N’est-ce pas,
Un fruit qui mûrit toujours trop vite,
Et qui éclate !

ATELIER J. D. BRANDY
ORPHÉE ET EURYDICE

Ils vont laisser les enfers
Et les flots bouillonnants
Du Styx et du Léthé.
Ils ne devront se regarder - elle et lui -
Les yeux dans les yeux,
Que revenus sous le soleil d’Apollon.
Mais Orphée veut baiser sa chère Eurydice.
Aussitôt, il n’a plus dans la bouche qu’un goût de cendres…
Baiser, oui. À condition de savoir s’y prendre
Sans se laisser prendre.
La jalousie des dieux enlève à l’homme
Trop tôt sa jouissance.

ATELIER J. D. BRANDY
HÉRA RÉCHAUFFANT L'OISEAU

Héra, douce et pure jeune fille, ramassa en un endroit désert un oiseau pris par le froid. Elle le mit sur son sein.
L'oiseau se réchauffa si bien dans cet enthousiasmant contact, qu'il reprit sa forme première. Il redevint le grand et noble Zeus, au verbe haut et clair :
"Héra, sois mon épouse à jamais !".
Un bien long engagement pour un si petit sein…

ATELIER J. D. BRANDY
ATHÉNA ET ARACHNÉ

Jadis, dans la lointaine Lydie, filait et tissait la fière Arachné.
Son ouvrage surpassait en splendeur tout ce que, jusqu'ici, on avait contemplé.
Alors, Athéna jalouse, anéantit d'un coup le merveilleux travail et métamorphosa la Lydienne présomptueuse, qui voulait se pendre, en araignée.
Depuis, chaque soir, obstinément, au coin de chaque haie, au creux de chaque mur, s'élabore la toile parfaite, au matin détruite.
L'artiste aussi recommence indéfiniment la même œuvre, et s'y pend.

ATELIER J. D. BRANDY
ADRASTÉE ET LE JOUET MERVEILLEUX

Pour distraire Zeus enfant, de son ennui divin, Adrastée la nymphe lui offrit un jouet merveilleux : ingénieux agencement de cercles d'or, enveloppant un lierre ciselé.
Il suffisait de le lancer en l'air, pour qu'il retombât en produisant un sillon doré. Et depuis, Zeus joue sans cesse avec le jouet merveilleux.
Héraclite le savait bien, qui disait : "le monde est un enfant qui joue…"

ATELIER J. D. BRANDY
THÉSÉE ET LE MINOTAURE

Ayant séduit Ariane,
Le beau Thésée s’en alla dans le labyrinthe profond
Y combattre le terrible Minotaure.
L’ayant vaincu, il revint auprès de la belle,
Grâce au fil de soie qu’elle lui avait confié.
Ariane aimait le brave Thésée.
Mais lui coupa le fil qui les avait un instant liés,
Avec la même vigueur qu’il égorgea l’immonde bête,
Mi homme, mi taureau.
L’amour ne tient souvent qu’à un fil.

ATELIER J. D. BRANDY
LES PARQUES

Filles de la Justice, elles gravaient sur les hauts et puissants murs de leurs palais, le destin de chaque homme. Puis, Clotho se saisissait de la quenouille, Lachesis tournait le fuseau et dévidait les jours.
Atropos, enfin, coupait le fil de la vie.
Fil coupé, fil jeté ?
La fable ne le dit pas.
Et c'est bien mieux ainsi.

ATELIER J. D. BRANDY
LE COQ ALECTRYON

Ayant cédé au moelleux sommeil de l'heure qui précède l'aube, Alectryon fut condamné par Arès à chanter, perpétuellement, le lever du soleil, afin que d'importuns maris ne surprennent jamais les amants oublieux.
Quoi, au fond, de plus immoral qu'un coq ?

ATELIER J. D. BRANDY
OMPHALE ET HÉRACLÈS

Le muscle, parfois, séduit la femme. Omphale donc, aima Héraclès.
Le demi-dieu sévère n'était pas de taille à combattre les subtiles caresses.
C'est ainsi que la reine d'Asie terrassa le héros. Pour plaire, il devint courtisane, il devint vierge folle.
Il ne sied point à celui qui surpasse la condition humaine d'y descendre, ne fut-ce que pour y coucher.

ATELIER J. D. BRANDY
HÉRACLÈS ENFANT

Héraclès, fils d'Alcmène, ayant sucé le lait d'Héra, en riant d'aise, laissa couler sur le ciel, quelques gouttes du léger breuvage.
Du rire d'un nourrisson, naquit la Voie Lactée.
Quoi d'étonnant ?
Le rire est lumière.

ATELIER J. D. BRANDY
LÉDA ET LE CYGNE

Alanguie sur la grève,
Elle rêve.
Lascive et innocente
Une image la hante.
Celle d’un bel oiseau
Qui viendrait se coucher sur elle,
La couvrant tout entière de son aile.
Le songe n’est pas toujours mensonge.

ATELIER J. D. BRANDY
LA CORNE D'ABONDANCE

Un jour que Zeus jouait avec sa nourrice bêlante, la vénérable Amalthée, qu'il la faisait devenir chèvre à force de gamineries, il brisa l'une de ses cornes.
La nymphe Melissa, au cœur compatissant, soigna si bien la bête, que le maître de l'Olympe conféra aussitôt, à la corne tombée, l'extraordinaire pouvoir, sur un simple vœu, d'engendrer toutes sortes de richesses…
Cette histoire est aussi vraie que la réalité du bien du monde.

ATELIER J. D. BRANDY
ATHÉNA ET TIRÉSIAS

Dans une eau nue et claire, nageait, nue, Athéna. La source sacrée s'émiettait entre ses seins.
Une ombre, soudain, couvrit la chaste forme. L'ombre de Tirésias. La nuit, aussitôt, peupla les yeux de l'imprudent.
Ainsi, pour avoir vu l'absolue innocence, Tirésias subit le supplice de l'éternité bizarre : connaître l'avenir, vivre dans le présent, et ne plus jamais partager l'innocence, ni de l'un ni de l'autre.

ATELIER J. D. BRANDY
LES VENDANGES DE DIONYSOS

C'était au temps où Dionysos était encore un dieu sérieux. Il errait, gravement, sur la terre, au hasard des chemins.
Or, un jour, écrasant par ennui une grappe de raisin sur sa bouche, une étrange langueur le saisit. Son ennui s'émietta ainsi qu'un biscuit sec. Il se mit à rire, il se mit à danser.
Les nymphes et les génies accoururent et goûtèrent à leur tour le malicieux breuvage.
Et désormais, si tout est vin, plus rien n'est vain.

ATELIER J. D. BRANDY
HÉRA ET SON PAON

Argus aux multiples regards, gardien d'Io, surpris par la flûte d'Hermès, versa dans un doux songe, que trancha le dieu perfide, en lui tranchant la tête.
La nostalgique Héra, comme on sème le grain à la volée, jeta sur les mille plumes du paon, les cent regards du bouvier.
Ainsi, du désir de Zeus pour Io la mortelle, naquit l'immortelle beauté de l'oiseau.

ATELIER J. D. BRANDY
HÉRACLÈS ET LES POMMES D'OR

Héraclès, le héros inépuisable, s'en alla cueillir, un jour, les pommes d'or du jardin des Hespérides.
Les filles de l'étoile du soir ne s'y opposèrent pas trop… Cédèrent-elles au charme du demi-dieu bouclé ?
Depuis Ève, et contrairement à ce que l'on croit, les pommes ne viennent que dans des jardins de péchés…

ATELIER J. D. BRANDY
L'ENLEVEMENT D'EUROPE

Une fois encore, Zeus se laissa séduire par une beauté juvénile, Europe, fille de Syrie.
Une fois encore, il recourut à la ruse.
Métamorphosé en taureau, il vint rôder près de la belle et de ses compagnes.
C'est ce que dit la fable.
Mais enfin, on peut se demander pourquoi Zeus croyait que la timide vierge se laisserait approcher par un taureau ?
Freud, peut-être…

ATELIER J. D. BRANDY
LÉDA ENCEINTE DE CASTOR ET POLLUX

Léda conçut un œuf, un très bel œuf, un œuf de cygne.
C'était bien un signe.
Il en sortit deux gros garçons, aussi peu différents l'un de l'autre qu'un œuf peut l'être d'un autre œuf.
Leur père en fit deux étoiles, Castor et Pollux, secours du marin sur le flot hostile.
De l'œuf à l'étoile, c'est toute l'histoire de l'homme…

ATELIER J. D. BRANDY
LA POMME DE DISCORDE

La Discorde sournoise, profitant que les dieux se trouvaient tous réunis pour un festin, jeta sur la longue table chargée de mets rares, une pomme, sur laquelle on pouvait lire :
"À la plus belle".
Quel remue-ménage, soudain !
Héra, Aphrodite et Athéna revendiquèrent le fruit.
Zeus choisit alors pour arbitre, l'innocent Pâris. Et celui-ci déposa la pomme devant Aphrodite.
Les dieux retors savent bien faire en sorte que les hommes toujours, soient responsables seuls du désordre.
Anangké !

ATELIER J. D. BRANDY
ARÈS ET APHRODITE

Aphrodite penchée vers Arès,
Tendrement lui tient la taille.
Elle murmure, ses lèvres presque posées
Sur l’oreille du dieu de la guerre,
Des mots si doux, que celui-ci
En laisse choir son bouclier d’airain.
Que chuchote-t-elle ainsi
Dans le mystère du soir,
L’altière et incomparable Aphrodite
Pendant qu’Alectryon veille ?
« Faisons l’amour,
Pas la guerre ! »

ATELIER J. D. BRANDY
LA LÉGENDE DE IO

Les yeux immenses de la fille d'Inacchos retenaient captif, dans leurs flots bleus, le maître de l'Olympe.
La soupçonneuse Héra, qui rôdait volontiers par les chemins du monde, surgit à l'improviste. Mais elle ne vit, aux côtés de son divin époux, qu'une génisse blanche. Zeus le savait bien : qui doit faire l'innocent, fait la bête.
Ayant reçu le merveilleux animal en présent, elle le confia à la garde d'Argus, le pâtre aux innombrables yeux.
Mais il ne suffit pas d'avoir des yeux pour voir.

ATELIER J. D. BRANDY
ŒDIPE ET LE SPHINX

Œdipe, dit-on, maîtrisa le sphinx.
Il épousa, dit-on, sa mère.
Et de tout cela, qu'advint-il ?
Résoudre une énigme, ce n'est rien. Derrière la première, s'en cache une seconde ; au-delà de la seconde, une troisième. Ainsi à l'infini.
On ne cesse jamais d'énumérer le mystère du monde.
On ne cesse jamais de susciter le tragique du monde.

ATELIER J. D. BRANDY
MIDAS ET APOLLON

Marsyas ayant trouvé la flûte d'Athéna, prétendit, bien haut, rivaliser de virtuosité avec Apollon.
On choisit un arbitre, Midas, roi de Phrygie.
Et bien que, sans doute, le dieu de Délos, par son chant, aviva encore la lumière, Midas, sottement, lui préféra Marsyas. Mal lui en prit : ses oreilles s'allongèrent démesurément…
Même un roi peut être un âne.

ATELIER J. D. BRANDY
POSÉIDON ET AMPHITRITE

Poséidon gouvernait, solitaire, l'océan de sa planète. Mais que vaut le pouvoir sans amour ? Il regarda du côté de son voisin Nérée, père heureux, toujours couronné de ses cinquante filles. Et parmi ces délicieuses sirènes, une les éclipsait toutes : la subtile Amphitrite.
Il s'en approcha comme la tempête aborde les rivages paisibles. Elle le fuit.
Il s'en approcha comme le typhon dévaste les îles sereines. Elle le fuit de nouveau.
Il la chassa comme la tourmente chasse les navires ; rien n'y fit.
Le silence tomba alors, et Poséidon sourit de sa propre faiblesse. Aussitôt Amphitrite fut près de lui.
Eschle disait :
Innombrable sourire des flots marins…

ATELIER J. D. BRANDY
LE SATYRE EN RUT

Il joue de la syrinx
Parmi les fleurs, le satyre velu,
Il danse frénétiquement
Pour exciter ses ardeurs.
Nul besoin de préliminaires, pourtant.
Tant de femmes à demi consentantes
S’apprêtent à se refermer sur l’énorme organe,
Solide comme un pieu,
Pénétrant comme la foudre.
L’ardeur brûlante du satyre
En fait, n’est-ce pas,
Un parfait harder…

ATELIER J. D. BRANDY
DIONYSOS ET ARIANE

L’ivresse de l’un,
La tendresse de l’autre,
La jouissance du fruit de la vigne,
La douleur de l’amour trahi - sur le fil.
Voici un couple incertain,
Cependant la passion ne réunit-elle pas
Les contraires ?
« Ce que tu veux je ne le veux pas,
Mais tous les deux, nous nous voulons ! »

ATELIER J. D. BRANDY
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